Visite du Patrimoine d’Anderlecht

par Marianne Bayet, Relations Publiques

 

Samedi 3 mai 2003, nous avons rendez-vous avec Monsieur le Bourgmestre Jacques Simonet, le Ministre Willem Draps, ainsi qu’une petite troupe d’Echevins et autres personnes intéressées par le patrimoine d’Anderlecht, devant la nouvelle bibliothèque d’Anderlecht, rue du Chapelain.

Au programme de cette matinée instructive : l’histoire de différentes bâtisses sises dans la commune ainsi que la roselière de Neerpede (zone de prairies, champs, vaches et de promenades idéales !).

Si l’envie vous dit de poursuivre la lecture, nous vous faisons profiter de ces quelques notions d’histoire, découvertes pour la plupart d’entre elles …

Commençons par l’étymologie du nom « Anderlecht ».
Son nom remonte à 1046. Il est mentionné dans un diplôme de Gérard Ier, évêque de Cambrai. Cependant, l’interrogation persiste quant à son origine exacte. De « la terre basse avec les gens qui habitent près de l’eau » aux mots flamands « ander » (autre) et « lucht » (air), en passant par Andernach et Anderlues, aucune version satisfaisante n’a été fournie à ce jour.
Une explication plus probable trouve sa provenance dans la langue celtique (« andere » = génisse et « lecht » = cours d’eau) avec la traduction « Koevijver (l’étang près des vaches). Il en reste la trace aujourd’hui avec un lieu-dit situé à Neerpede. De la colonisation romaine franque, Anderlecht a gardé plusieurs vestiges : une villa romaine, des pièces de monnaie, une statuette en bronze et 300 tombes franques pourvues de leur mobilier …
Plusieurs hameaux et lieux-dits composent le paysage communal. Citons La Roue (roue du supplice élevée au XVIIIe siècle), Neerpede (cours inférieur du ruisseau de Pede), Veeweyde (pré au bétail), Moortebeek (nom primitif d’un ruisseau), Paepsem (habitation de Papo) et Cureghem (habitation de Curo).

Le béguinage d’Anderlecht :
Le XVIIIe siècle correspond, aux Pays-Bas, à l’apogée des grands béguinages qui possédaient leur propre église somptueuse, ornée d’œuvres d’art et de vitraux de grand prix, comme le Béguinage de Bruxelles.
Mais, le Béguinage d’Anderlecht est plus modeste avec ses deux maisons qui s’ouvrent sur une cour intérieure entourée de hauts murs. En cortège, suivant l’ordre d’ancienneté d’admission dans la communauté et conduites par la Grande Dame, les béguines se rendaient dignement à l’église. Elles y rejoignaient leurs places réservées en passant par l’entrée monumentale conçue pour elles, du côté nord, face à leur maison, en traversant le cimetière qui se trouvait au même niveau car aucune rue ne séparait alors la collégiale de leur jardin.
La partie la plus récente fut reconstruite en 1756, après un incendie. Plus ample et mieux éclairée, elle était réservée à la Grande Dame.

Le béguinage est composé actuellement de trois constructions qui s’articulent autour d’une cour intérieure : l’ancienne résidence Vandenpeereboom, conçue en 1890 en style historisant par A.F. Malfait à l’emplacement d’un bâtiment plus ancien, dont une série d’éléments ont été conservés, la conciergerie néoclassique avec portique d’entrée sur la place des Bienfaiteurs, et enfin ce que l’on appelle De Yzeren Leeuw, le bâtiment le plus ancien, datant de l’ancien régime. Ce dernier a été entièrement annexé par l’imprimerie Asar qui était installée dans le complexe à partir de 1928. Les trois constructions sont actuellement occupées par la Rijksschool voor Beeldende Kunsten.

Jules Vandenpeereboom fut, à partir de 1884, ministre des Chemins de Fer, des Postes et de la télégraphie. Il fut nommé ministre d’Etat en 1900. C’est un collectionneur passionné. Outre sa bibliothèque, il possédait une vaste collection d’antiquités parmi lesquelles des armes et des meubles anciens.
En 1890, il acheta à la place de la Vaillance une maison, propriété du chapitre, datant selon certaines sources du XVIème siècle. Il la fit démolir et construire au même endroit une maison dont il confia les plans à A.F. Malfait. Lors de la reconstruction, il respecta le style du XVIème siècle. La maison fut très rapidement surnommée le « Château d’Anderlecht », la « Maison Flamande » ou le « Musée Vandenpeereboom ». Constituée et exposée avec soin et méthode, la collection de Vandenpeereboom donnait l’impression que l’on se trouvait dans un véritable musée.

A sa mort, il légua sa propriété ainsi que sa collection à l’Etat belge. Le bâtiment connut par la suite diverses affectations. En 1924, il servit de dépôt aux archives de l’armée et, à partir de 1958, aux archives royales. Une exposition permanente, intitulée le Musée des Archives nationales, y fut organisée. Elle réunissait toutes sortes d’actes et de documents officiels sur l’histoire de la Belgique. Le musée était accessible de 1961 à 1974. A partir de 1979, le complexe fut occupé par la Rijksschool voor Beeldende Kunsten. … Nous y avons fait la connaissance d’une dame qui, très patiemment et passionnément, termine une rénovation de tableau (peinture) entamée il y a 3 ans déjà !

Légende de Saint Guidon : Né de parents modestes, Guidon montre dès son jeune âge une grande piété et une profonde charité pour les pauvres. Il remplit des fonctions liturgiques en l’église Notre-Dame de Laeken, connue pour son image miraculeuse de la Vierge.
Mais désireux de gagner de l’argent afin d’aider les nécessiteux, il se livre au commerce, sur le conseil du plus ancien marchand de Bruxelles connu. Son bateau s’échoue sur un banc de sable de la Senne, il y voit un signe divin et renonce au négoce pour se rendre à Rome, puis à Jérusalem. Il passe 7 ans à visiter les églises les plus célèbres du monde chrétien. Revenu à Rome, il rencontre le doyen Wonedulphe. Ensemble, ils repartent à Jérusalem où Wonedulphe meurt. Guidon revient à Anderlecht épuisé et malade. Recueilli par les clercs, il meurt peu après. Dans les premiers temps qui suivent sa mort, sa tombe est négligée, foulée par les passantes et piétinée par le bétail. Commencent alors les prodiges ! Un cheval heurtant de son sabot la sépulture, meurt immédiatement ; le maître ordonne à deux paysans d’entourer la tombe d’une haie et, alors qu’ils s’étaient moqués du vieux pèlerin, l’un et l’autre passent de vie à trépas...
Ces phénomènes étranges attirent les foules et bientôt il se produit des miracles qui récompensent la dévotion des fidèles. Un enfant estropié retrouve l’usage de ses jambes, un chevalier atteint de surdité recouvre l’ouïe… A la fin du XIème siècle, les ossements sont transférés dans l’église et tous les infirmes qui boivent de l’eau ayant servi à les laver sont guéris. En 1112, un paralytique récupère l’usage de ses membres. Ce sera le dernier miracle dont il soit fait mention dans les textes.

La Collégiale Saints-Pierre-Et-Guidon
Autrefois, les dimensions d’une église, son plan et la présence éventuelle d’une crypte traduisaient le statut de l’édifice. Il était exceptionnel, à la période romane et plus tard encore, qu’une église paroissiale possédât un transept. Quant à la crypte, elle semble supposer le culte des reliques et donc la présence à l’intérieur du bâtiment d’un corps saint. Le cœur profond, capable d’accueillir les chanoines pendant les offices, le transept et les grandes dimensions de l’église achèvent de marquer son originalité.


La maison d’Erasme
Quiconque pénètre dans cette demeure ancienne devenue, depuis 1932, le seul musée au monde vouée l’humanisme, sent que ce lieu est magique dans la mesure où le temps qui fuit semble s’y être arrêté depuis un demi millénaire.

Grâce à la personnalité très attachante d’Erasme et surtout à l’influence profonde qu’a laissée son œuvre à travers les cinq siècles qui nous séparent de lui, ce musée se veut, presque malgré lui, vecteur d’un art de penser qui pourrait se résumer en trois mots latins : concordia, consensus et caritas.
D’autres hôtes illustres ont séjourné à Anderlecht, comme Mercator, mais aussi aujourd’hui oubliés, Jean Carondelet, archevêque de Palerme, François Busleyden, Nicolas Everardi, président du Grand Conseil de Malines, Juste-Lipse et tant d’autres.
Toutefois, c’est le souvenir du passage d’Erasme qui laissera l’empreinte la plus durable car, déjà au XVIIe siècle, on se rendait à Anderlecht voir la maison où le grand homme avait vécu.

La nouvelle maison communale d’Anderlecht fut inaugurée en 1879. L’imposant bâtiment s’élève sur la place du Conseil, au centre du quartier de Cureghem qui fut réaménagé en 1872 par V. Besme. Pour sa construction, on fut appel à l’architecte J.J. Van Ysendijck, qui réalisa un édifice de style néo-Renaissance flamand. Ce dernier présente les caractéristiques typiques de l’architecture de « beffroi » et fait incontestablement référence à l’histoire.
L’aménagement réussi de l’intérieur de la maison communale fut confié à Charles Albert, lui aussi partisan convaincu du style néo-Renaissance flamand. Le bois précieux des lambris et des plafonds, les vitraux et le mobilier de la salle du Conseil, la salle du Collège et le cabinet du bourgmestre sont de purs joyaux d’artisanat.

Le mémorial national des martyrs juifs de Belgique a été édifié entre 1968 et 1970 à la suite d’un concours public remporté par l’architecte montois André Godart.
L’ensemble, qui peut être utilisé comme synagogue à ciel ouvert, est entouré de murs en béton couverts de plaques commémoratives en granit noir dans lesquelles sont gravés les noms des 24.600 martyrs juifs répertoriés.
Les références à la symbolique et à la culte juives sont données par la forme générale du monument, la structure en acier qui le surmonte, les inscriptions de l’entrée et un motif mural réalisé en chaînes d’acier évoquant la forme générale d’une ménorah.

L’école vétérinaire :
Au lendemain de la révolution de 1830, Léopold Ier signe un arrêté créant une commission chargée d’examiner les candidats et de délivrer les diplômes officiels de médecines vétérinaire. Deux ans plus tard, l’école vétérinaire est fondée par deux médecins et trois vétérinaires. Les premiers cours se donnent dans le centre de Bruxelles jusqu’en 1836, date à laquelle l’Etat prend en charge l’installation de l’école à Cureghem. Après un hébergement provisoire au boulevard Poincaré, l’école finit par s’installer dans ses meubles en 1909, sur un terrain d’environ 4 ha, dans un complexe d’une vingtaine de bâtiments : aile administrative et aile académique, logement du directeur, de l’assistant et de l’économe, grand et petite clinique, office vaccinogène (où l’on produit le vaccin contre la variole), bâtiment des machines, forge, instituts de physiologie, de bactériologie et d’anatomie.
Toutes les façades sont de style Renaissance flamande, conformément aux conceptions architecturales de l’époque, caractérisées par un retour au passé. Les bâtiments sont en pierre blanche d’Euville ou en brique du canal, avec un soubassement en pierre bleue. Vu la proximité de la Senne et la nature marécageuse du sol, le complexe est construit sur un réseau de caves reliées par des galeries et pourvues d’un système de cheminées de décompression.
La toiture est caractérisée par le nombre impressionnant des paratonnerres à pointes multiples qui y sont disséminés. La chose s’explique par le fait que leur inventeur, Louis Melsens, était professeur à l’école vétérinaire.
En 1965, l’école devient faculté. Quatre ans plus tard, elle est intégrée à l’Université de Liège. Aujourd’hui, la rue des Vétérinaires a été désertée par les étudiants et les professeurs, qui ont établi leurs pénates dans les bois du Sart-Tilman, sur les hauteurs de Liège.

La roselière de Neerpede
Le site occupe une vaste dépression marécageuse de la vallée du Neerpedebeek de près
d’1,5 hectare de superficie, colonisée par une roselière remarquable. Cette zone humide à forte population de roseaux communs, de laîche des marais, de populage et de rein des prés abrite également des oiseaux comme la rousserolle effarvatte et verderolle, la fauvette à tête noire ou la chouette chevêche, beaucoup plus rare.
La vue que l’on a sur le versant nord de la vallée depuis le sentier vicinal n° 105 est unique en région bruxelloise. Une bonne partie de son originalité y a été conservée et l’on peut aisément qualifier de paysage de breughelien. Trois très vieux saules têtards bordent le sentier vicinal, le plus gros exemplaire présentant une circonférence de 4,07 mètres. Une des trois est mort, mais il demeure un élément esthétique exceptionnel tout en servant de refuge naturel.

Ouf, voilà, en quelques mots (enfin, quelques ! si nous osons le dire !) un résumé de toutes ces découvertes... et si le cœur vous en dit, promenez-vous dans la commune, vous pourrez comprendre un peu mieux l’histoire, en fait Notre Histoire.

Vous voulez en savoir encore plus ?
Anderlechtensia, le Cercle d’Archéologie, Folklore et Histoire d’Anderlecht, peut vous en apprendre encore d’autres … au boulevard S. Dupuis n° 146, à Anderlecht.

Marianne